Je suis la seconde épouse, et mon mari n’observe pas l’équité. Il favorise sa première épouse et ses enfants au détriment de moi-même et de mes enfants, en leur accordant ce qui ne leur revient pas, sous prétexte qu’ils sont plus âgés, ou que sa fille aînée craint que son mari ne prenne une seconde épouse s’il constate que les relations sont bonnes entre les deux foyers et entre les enfants. Il invoque aussi ma bonté de caractère et le fait que je finirai par pardonner. Par ailleurs, tous les secrets de mon foyer leur sont connus.
Lorsque je tente de lui parler, il s’emporte. Il a même emmené mes jeunes enfants, avec sa première épouse et ses enfants adultes, aux invitations de sa famille afin que le mari de sa fille voie qu’il est équitable et qu’il peut réunir ses enfants sans leur mère, car la famille n’accepterait pas son second mariage, de peur que l’on se marie sur sa fille.
Il ne m’inclut pas dans les événements familiaux ni dans ses propres occasions personnelles, quelles qu’elles soient, et cela s’est produit à plusieurs reprises. Il ne tient aucun compte de l’animosité que sa première épouse et ses enfants éprouvent envers mes enfants. Il n’a aucun effet personnel dans mon foyer : toutes ses affaires se trouvent dans sa première maison. Lorsque je proteste, il m’opprime et se met en colère.
Il a inscrit sa fille cadette — issue de son premier foyer — dans une école bien supérieure à celle de mes enfants, alors que ce sont mes enfants qui avaient demandé cela en premier. Il avait alors refusé sous prétexte que les frais étaient trop élevés. Il estime aujourd’hui que cela est normal et considère qu’il conviendrait que mes enfants se réjouissent pour leur sœur plutôt que de se fâcher de ne pas avoir été transférés eux-mêmes.
Quand je lui parle ou que je me plains de son comportement, il inverse les faits et affirme qu’il ne s’agit que de jalousie de ma part. Il ne tient aucun compte de mes sentiments en aucune situation. Nous n’arrivons à aucune solution et la situation demeure inchangée.
Je ne l’ai pas trouvé à mes côtés dans les moments les plus difficiles que j’ai traversés, à commencer par le décès de mon père : il est venu chez nous avec son épouse et est reparti comme deux époux ordinaires venus présenter des condoléances. Il m’a également profondément blessée lorsque je lui ai reproché son manque d’équité et mon refus de lui pardonner.
Depuis quelque temps, je considère que le divorce est la meilleure solution. Toutefois, ayant cinq enfants à charge, je ne peux pas prendre cette décision pour le moment en raison de leurs dépenses, auxquelles je ne suis pas en mesure de faire face. Je ne supporte plus la vie avec lui, je ne souhaite plus continuer mon existence à ses côtés ni qu’il soit mon époux au Paradis. Je n’aime plus sa présence à la maison, et sans mes enfants je n’aurais jamais vécu avec lui. Que dois-je faire ? Suis-je fautive pour ces sentiments ? Quel est le jugement de la loi islamique concernant un mari qui n’observe pas l’équité ? Verrai-je dans ce monde ce qui apaisera ma poitrine face à lui et à son premier foyer ?
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Il est obligatoire pour le mari d’observer l’équité entre ses épouses en ce qui concerne le partage du temps (la cohabitation nocturne). La Sunna a rapporté une sévère menace à l’encontre de celui qui ne se montre pas équitable entre ses épouses. Dans les Sunan d’Abû Dâwûd, d’après Abû Hurayra — qu’Allah soit satisfait de lui — le Prophète (
) a dit :
« Celui qui a deux épouses et penche en faveur de l’une d’elles viendra, le Jour de la Résurrection, avec un côté du corps penché. »
Ainsi, si ton mari n’établit pas l’égalité entre toi et son autre épouse dans le partage des nuits, sans consentement mutuel, alors il est injuste.
En ce qui concerne les cadeaux et les dépenses destinées aux enfants, l’avis juridique adopté chez nous est qu’il n’est pas obligatoire d’observer une stricte égalité entre les épouses dans les dons et les libéralités. Tel est l’avis de l’école hanbalite. Ibn Qudâma — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit dans Al-Mughnî :
« Il ne lui incombe pas d’établir l’égalité entre ses épouses en matière de dépenses et d’habillement, dès lors qu’il s’acquitte du minimum obligatoire envers chacune d’elles. Ahmad a dit, à propos d’un homme ayant deux épouses : il lui est permis d’en favoriser l’une par rapport à l’autre dans la dépense, les relations intimes et les vêtements, tant que l’autre dispose de ce qui lui suffit. Il peut acheter pour l’une un vêtement de meilleure qualité que pour l’autre, tant que cette dernière est dans la suffisance. » Fin de citation.
Quant aux enfants, l’avis juridique retenu chez nous est qu’il est obligatoire d’observer l’égalité entre eux dans les dons, tandis que les dépenses doivent être accordées en fonction de leurs besoins respectifs.
Il n’y a aucun péché pour toi dans les sentiments de répulsion ou de jalousie que tu éprouves, tant qu’ils ne te poussent pas à l’injustice. L’être humain ne maîtrise pas son cœur, et la jalousie est une disposition naturelle chez la femme.
Toutefois, notre conseil est que tu fasses preuve de patience envers ton mari et que tu t’efforces de réformer la situation et de dialoguer avec lui afin que la vie conjugale retrouve son équilibre. En effet, la vie maritale — dans la plupart des cas — ne peut se maintenir que par la patience, l’indulgence envers les manquements et le pardon des erreurs.
Le divorce est, en principe, réprouvé par la loi islamique. Il ne convient donc d’y recourir qu’en cas d’impossibilité totale de mettre en œuvre tous les moyens de réforme.
Si les deux époux parviennent à se réconcilier et à vivre ensemble selon le convenable, même en fermant les yeux sur certaines défaillances et en renonçant à certains droits, cela est préférable à la séparation.
Et Allah sait mieux.
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