Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
La modération dans l’usage des bienfaits est à la fois un comportement moral et une gestion matérielle et économique avisée. Plus encore, elle peut devenir un acte d’adoration éminent lorsque l’on nourrit l’intention sincère de préserver les bienfaits accordés par Allah, d’accomplir les droits qui leur sont liés et d’en faire une véritable ligne de conduite, reliant ainsi la terre au ciel.
Cette modération constitue une manifestation concrète de la gratitude, laquelle est la voie permettant l’accroissement et la permanence des bienfaits. Allah, exalté soit-Il, dit :
« Si vous êtes reconnaissants, très certainement J’augmenterai [Mes bienfaits] pour vous. » (Coran 14/7)
Or, la gratitude ne se limite pas à des paroles prononcées par la langue ; elle est avant tout un comportement pratique consistant à utiliser les bienfaits dans ce qui satisfait Celui qui les a accordés. Le savant Muhammad Mawlûd Ash-Shanqîtî a dit dans son poème Mutahharat Al-Qulûb :
« La gratitude consiste, pour le serviteur, à employer les bienfaits que son Seigneur lui a accordés dans ce qui Lui plaît. »
La gratitude implique donc la reconnaissance des faveurs du Bienfaiteur. Cette reconnaissance est ce qui retient les bienfaits et les préserve. Selon une loi universelle établie par Allah, les bienfaits disparaissent lorsqu’ils sont reniés et demeurent lorsqu’ils sont remerciés. Il a d’ailleurs été dit :
« Les bienfaits sont un gibier, et la gratitude est le lien qui les empêche de s’enfuir. »
Allah a également fait de la modération dans les dépenses l’une des qualités des serviteurs pieux du Tout Miséricordieux. Il dit :
« Ceux qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni excessifs ni avares, mais tiennent un juste milieu entre les deux. » (Coran 25/67)
Cette modération concerne la nourriture, la boisson, l’habillement, le logement, les moyens de transport, ainsi que tous les bienfaits qu’Allah accorde à l’être humain.
Elle attire également la bénédiction divine : le peu devient alors suffisant et le beaucoup devient réellement profitable. Le Prophète (
) nous a même enseigné l’économie dans les actes d’adoration, comme les ablutions, afin de nous montrer que la préservation des bienfaits commence par la préservation de leurs plus petites composantes.
Selon ‘Abd Allah ibn ‘Amr, le Messager d’Allah (
) passa devant Sa‘d alors qu’il effectuait ses ablutions et lui dit :
« Qu’est-ce que cet excès ? »
Sa‘d répondit :
« Y a-t-il de l’excès dans les ablutions ? »
Le Prophète répondit :
« Oui, même si tu te trouves au bord d’un fleuve qui coule. » (Rapporté par Ibn Mâjah)
À l’inverse de cette noble attitude, Allah nous a sévèrement mis en garde contre le gaspillage et l’excès. Il dit :
« Et ne commettez pas d’excès, car Allah n’aime pas ceux qui commettent des excès. » (Coran 6/141)
Et Il dit également :
« Donne au proche parent son droit, ainsi qu’au pauvre et au voyageur, et ne gaspille pas outrageusement. Les gaspilleurs sont les frères des diables, et le Diable est extrêmement ingrat envers son Seigneur. » (Coran 17/26-27)
L’excès consiste à dépasser les limites permises dans l’usage des bienfaits, même dans des choses licites. Quant au gaspillage, il consiste à les employer dans ce qui n’est pas légitimement justifié. Tous deux sont réprouvés, comme on le voit dans les versets précédents : les auteurs d’excès sont privés de l’amour d’Allah, tandis que les gaspilleurs ressemblent aux diables dans leur ingratitude envers le Bienfaiteur.
Nous devons également être convaincus que nous ne sommes pas les véritables propriétaires des bienfaits qui nous sont accordés ; nous n’en sommes que les dépositaires. Allah dit :
« Dépensez de ce dont Il vous a faits les dépositaires. » (Coran 57/7)
La culture de la modération dans l’usage des bienfaits reflète ainsi la conscience du musulman qu’il est responsable de ce qu’Allah lui a confié, qu’il sera interrogé à ce sujet et que d’autres personnes ont également des droits sur ces biens. Allah dit :
« Puis, ce Jour-là, vous serez certainement interrogés au sujet des bienfaits. » (Coran 102/8)
Sous un autre angle — et c’est le plus important — la diffusion de cette culture de la modération constitue une protection contre un jugement difficile au Jour de la Résurrection. Le Prophète (
) a dit :
« Les pieds du serviteur ne quitteront pas leur place, le Jour de la Résurrection, avant qu’il ne soit interrogé sur sa vie et la manière dont il l’a passée, sur sa science et ce qu’il en a fait, sur ses biens, d’où il les a acquis et dans quoi il les a dépensés, et sur son corps, dans quoi il l’a usé. » (Rapporté par At-Tirmidhî, qui l’a qualifié de hadith bon et authentique)
Ainsi, la modération dans ce monde allège le poids du jugement dans l’au-delà. Celui qui mène une vie équilibrée et mesurée aura un compte plus facile, tandis que celui qui vit dans l’excès et le gaspillage sera longuement interrogé sur chaque bienfait qu’il a négligé ou dilapidé.
Cet équilibre protège également la société contre l’envie et les inégalités excessives, tout en préservant l’environnement contre l’épuisement des ressources. Il contribue ainsi à la durabilité des richesses et à leur maintien au profit de tous.
L’observation de la réalité montre que les foyers fondés sur la modération et la juste mesure sont généralement les plus stables et les plus sereins, tandis que ceux qui reposent sur l’ostentation et le gaspillage sont souvent poursuivis par l’inquiétude et privés de tranquillité.
Et Allah sait mieux.