J'ai juré de ne pas regarder certains films pendant dix jours. En cas de parjure (non-respect du serment), je me suis engagé à verser la somme de 150 euros aux pauvres — à l'exception de ma famille — le jour même du manquement ou le lendemain. J'avais stipulé lors du serment que je n'accepterais pas de verser une expiation de serment ordinaire (kaffârat yamîn) — comme nourrir dix nécessiteux — car cela me revient moins cher ; mon intention première étant de me dissuader par la crainte de perdre cet argent. Or, j'ai manqué à ce serment il y a une semaine et je n'ai pas encore versé la somme fixée. S'agit-il d'un serment ne nécessitant qu'une expiation ordinaire, ou d'un vœu (nadhr) qu'il est impératif d'honorer en payant les 150 euros ? Et quel est le statut du retard de paiement par rapport au délai fixé ?
Par ailleurs, j'ai juré une autre fois de ne pas regarder de films durant une période précise, et en cas de manquement, je me suis engagé à verser 40 euros pour une chose futile, sans récompense divine ni bénéfice positif (ne constituant pas une œuvre pieuse). J'ai également manqué à ce serment. Quel est le statut juridique de ce serment conditionnel ? Dois-je une simple expiation ou le paiement des 40 euros à une entité sans utilité ? Je vous prie de m'indiquer la conduite à tenir dans les deux cas.
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Sachez tout d'abord qu'il est blâmable de multiplier les serments. Cela place celui qui jure dans l'embarras et restreint ce qui pourrait lui être licite. Cela peut également conduire à ne pas respecter la sacralité du serment, alors qu'Allah dit : « Et tenez à vos serments » (Coran 5/89). Ibn Ashour explique que cela implique de réduire les serments pour éviter de s'exposer au parjure. L'expiation n'est qu'une issue pour s'affranchir du péché.
Concernant votre cas, le serment n'est pas le moyen le plus efficace pour s'empêcher de tomber dans la désobéissance. Il est préférable d'invoquer la présence constante d'Allah (muraqabah) et de craindre Son courroux.
Quoi qu'il en soit, vous n'êtes tenu que par l'expiation du serment (kaffârat yamîn). Même si vous avez formulé cela sous forme de vœu pour vous contraindre, et même si vous avez stipulé refuser l'expiation ordinaire, le droit musulman qualifie cela de « vœu de dispute et de colère » (nadhr al-lajaj wa al-ghadab). Voir la fatwa n° 431818
Ce type de vœu, dont le but est d'empêcher ou d'inciter à une action, ne rend pas l'exécution de la chose promise obligatoire. L'auteur de Matalib Uli al-Nuha précise : « Le vœu de dispute et de colère [...] laisse le choix entre l'exécution de l'acte promis ou l'expiation du serment. » Cela s'appuie sur le hadith : « Pas de vœu sous l'emprise de la colère, et son expiation est celle du serment ».
Peu importe que vous ayez affirmé ne pas suivre l'avis de ceux qui autorisent l'expiation ; vos conditions personnelles ne modifient pas les règles de la Charia.
Selon certains savants, une seule expiation de serment suffit pour couvrir plusieurs serments ou vœux de même nature, tant qu'aucune expiation n'a été effectuée entre-temps.
Les avis divergent sur le fait de savoir si l'expiation doit être immédiate ('ala al-fawr) ou si elle peut être différée ('ala al-tarakhi). Par précaution, il est préférable de s'en acquitter rapidement. Pour plus de détails sur ce point nous vous invitons à consulter sur notre site la fatwa : 96808
En conclusion : Vous n'avez pas à verser les 150 euros ni les 40 euros. Vous devez effectuer une expiation de serment (nourrir dix pauvres, ou les vêtir, ou, à défaut, jeûner trois jours).
Allah sait mieux.
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